Bien-être et bien naître

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Si la tendance se maintient, le Québec pourrait vivre un nouveau baby-boom puisqu’en 2009 nous avons accueilli plus de 88 600 nouveaux bébés, ce qui est une hausse annuelle significative. C’est une excellente nouvelle pour notre société, puisque nos enfants sont notre plus grande richesse.

Nous investissons annuellement plus d’un milliard de dollars pour les congés parentaux parce que nous jugeons important que les parents puissent prendre soin de leur nouveau bébé pendant sa première année de vie. Mais, ces milliers de nouveaux parents se sentent-ils bien préparés pour jouer leur nouveau rôle ? La société québécoise a-t-elle mis en place les services nécessaires pour que les parents soient soutenus, accompagnés, informés, rassurés ?

Les experts, médecins, psychologues, pédopsychiatres et intervenants terrain conviennent que parmi les facteurs de risque impliqués dans le développement des problèmes comportementaux et affectifs des enfants, la qualité des «conduites parentales» est le plus important des facteurs pouvant potentiellement être modifié. Les interactions entre les parents et l’enfant influent sur plusieurs domaines du développement, dont l’estime de soi, la réussite scolaire, le développement cognitif et le comportement. Les bébés ont besoin d’une grande qualité de soins pour bien se développer.

Pour y arriver, les parents doivent apprendre à s’occuper de leur enfant, développer des habiletés parentales souvent simples, essentielles mais pas innées. Historiquement, les habiletés parentales se transmettaient entre générations, de mère à fille ou de tante à nièce. Mais la société québécoise a changé et les familles sont soumises à des défis différents. La transmission naturelle entre le réseau familial et la mère est souvent beaucoup plus difficile. Les familles sont plus petites, plus mobiles, les sœurs, les tantes et aussi les grands-mères sont en emploi et elles vivent souvent éloignées des nouveaux parents, ceux-ci n’ont parfois jamais côtoyé de nouveaux bébés. Les jeunes familles québécoises sont donc très souvent laissées seules dans cette nouvelle expérience, ce qui contribue à générer le doute, l’insécurité et l’épuisement.

Actuellement, près de 50% des Québécoises mettent au monde un premier bébé et vivent une expérience inédite. La naissance d’un enfant, c’est aussi la naissance des parents. Minimiser l’ensemble des adaptations que la mère et le père ont à intégrer en peu de temps est une erreur. Bien naître et bien-être sonnent de la même façon !

Après la naissance de l’enfant, la très grande majorité des parents n’a droit à aucun service, aucun soutien adapté à leur situation, aucune aide. Des programmes pour les familles à risques élevés sont disponibles sur tout le territoire québécois. 60 000 parents, qui vivent des difficultés «normales», ne sont toutefois éligibles à aucun service du réseau public de santé, n’ont accès qu’à une aide minimale de la famille élargie et n’ont pas accès, sur leur territoire, à des organismes communautaires offrant des services pour les nouveaux parents.

Les parents sont heureux et fiers d’avoir un bébé. Ils souhaitent le meilleur pour leur enfant. Pour faire face à leur nouvelle réalité, nous constatons qu’ils cherchent les réponses à leurs questions et les solutions à leurs difficultés dans les livres, les revues ou sur Internet. En fait, plus les parents sont scolarisés, plus ils lisent sur l’accouchement, le développement de l’enfant, l’allaitement, les problèmes de la vie quotidienne et les meilleures façons de faire. L’expérience est intellectualisée; la parentalité et le bébé sont idéalisés. Dans la réalité, un enfant n’est pas théorique, il est unique. Il n’y a pas de bébé idéal, ni de parents idéaux. La relation parents enfant est une expérience humaine singulière, différente d’un enfant à l’autre. Si l’expérience peut être extraordinaire, elle peut se révéler décevante, si elle diffère de l’idéal attendu. Il arrive que le parent en vienne à croire qu’il n’est pas un bon parent ou qu’il a un mauvais bébé. Il peut se sentir malheureux et inadéquat dans son nouveau rôle et avoir du mal à s’attacher à son bébé.

La société québécoise a la capacité et l’expertise pour éviter le plus possible ces situations. Un projet pilote en économie sociale a été financé en 1999 par le gouvernement du Québec pour faciliter le transfert des habiletés parentales et fournir aux parents le soutien dont ils ont besoin pour mieux se préparer et s’adapter au nouveau rôle de parent. Il est question ici de parents ordinaires qui ont des besoins ordinaires, puisqu’il est normal d’avoir besoin d’aide. Les centres de ressources périnatales (CRP) mis sur pied ont le mandat de rendre disponible un ensemble de services et d’activités en prénatal et en postnatal pour accueillir les parents et favoriser la transmission de compétences, d’habiletés, de savoir-faire, rassurer les parents dans leur rôle et favoriser l’échange entre eux.

Ces CRP ont été développés dans une quinzaine de municipalités et ils ont fait leurs preuves. Ils rejoignent environ 10 000 familles chaque année et le niveau de satisfaction de la clientèle est très élevée. Une récente évaluation du ministère de la Santé a confirmé la pertinence et l’efficacité de cette initiative à l’approche communautaire. Toutefois, trois ans après la fin de ce projet pilote en 2004, aucune décision n’a encore été prise pour permettre à toutes les jeunes familles du Québec d’avoir accès à ces services, pourtant essentiels lors de l’arrivée d’un premier ou d’un second bébé.

Ces services sont abordables pour le gouvernement, environ 250$ par famille. C’est peu compte tenu qu’un dollar en prévention fait économiser 7 dollars en soins de santé. Les avantages sont indéniables pour les enfants et les parents. Le programme de congé parental coûte environ 12 500$ par famille et serait optimisé par cet ajout d’investissement. En plus du congé de travail, la société québécoise doit offrir des milieux de vie enrichissants aux parents et assurer un meilleur démarrage à toutes les familles. Répondre aux besoins croissants nécessiterait la mise en place de 50 CRP sur tout le territoire québécois et un investissement de 20 millions de dollars par année. Pérenniser et développer les CRP est vital du point de vue humain, social et économique. La plupart des compétences acquises par les enfants dépendent fondamentalement de leurs interactions avec les adultes qui en prennent soin et de leur environnement social.

Les familles « ordinaires », de toutes les régions, qui connaissent des difficultés « ordinaires » lors de l’arrivée d’un nouveau bébé, doivent et peuvent être soutenus. C’est une question de priorité gouvernementale. Nous avons mis en place des dizaines de programmes pour soutenir la création d’entreprises, pourquoi ne pourrions-nous pas le faire pour soutenir les familles ?

Tous les partis politiques du Québec accordent une grande importance à la famille et la compétition est forte pour obtenir l’appui des jeunes de 25 à 35 ans. Les programmes politiques reconnaissent tous l’importance des politiques qui favorisent une plus grande natalité. Par leur expertise dans le soutien aux parents et leur variété de services et d’activités, les CRP deviendront des environnements favorables pour le développement de la parentalité, ce qui se reflétera positivement sur le développement de leur bébé et leur désir de devenir parents à nouveau.